La solidarité guadeloupéenne et pointoise face à la catastrophe de 1902 en Martinique
L’éruption de la montagne Pelée, survenue le 8 mai 1902 en Martinique, demeure l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’histoire.
L’éruption de la montagne Pelée en 1902 est une éruption volcanique majeure, la plus meurtrière du XXe siècle, qui a débuté le 23 avril 1902 et s’est poursuivie jusqu’au 5 octobre 1905.

Le jeudi 8 mai, jour de l’Ascension, une explosion se produit dans le cratère de l’étang Sec, dont le flanc est largement échancré depuis la coulée du 5 mai. Un souffle puissant, suivi en trois minutes par un immense nuage pyroclastique, appelée nuée ardente, bloquée vers le nord et l’est par la falaise de la caldeira et le dôme, emprunte la brèche de l’étang Sec vers la rivière Blanche. Elle déferle à plus de 500 km/h sur la ville et, à 7h50, la détruit en grande partie en moins de deux minutes, incendiant les navires ancrés dans la rade.
En quelques minutes, la ville de Saint-Pierre est anéantie par cette nuée ardente, causant la mort de plus de 30 000 personnes. Si cet événement tragique est souvent évoqué pour son ampleur et ses causes controversées, notamment liées au maintien des élections législatives, il convient également de souligner le rôle déterminant joué par la Guadeloupe, et plus particulièrement la ville de Pointe-à-Pitre, dans l’aide humanitaire apportée aux sinistrés.

Une catastrophe aggravée par le contexte politique
Les jours précédant l’éruption sont marqués par une activité volcanique croissante : cendres, secousses, coulées de boue et phénomènes inquiétants se multiplient dès la fin avril 1902. Pourtant, les autorités locales, soucieuses de maintenir le second tour des élections législatives prévu le 11 mai, choisissent de rassurer la population plutôt que d’organiser une évacuation massive.
Ce choix politique s’avère dramatique. Le 8 mai, jour de l’Ascension, une explosion cataclysmique libère une nuée ardente qui détruit Saint-Pierre en quelques minutes. Le gouverneur lui-même, ainsi que de nombreux responsables, périssent dans la catastrophe. Cette tragédie illustre les conséquences d’une sous-estimation du risque naturel, aggravée par des impératifs électoraux.

L’accueil de réfugiés en Guadeloupe
Dans les jours qui suivent, des milliers de survivants fuient les zones sinistrées. Si une partie trouve refuge à Fort-de-France, d’autres sont accueillis en Guadeloupe. Pointe-à-Pitre devient alors un centre important d’accueil et d’organisation des secours.
Un arrêté du 5 juin 1902 témoigne de cette mobilisation. Il prévoit la création d’un comptable en deniers, chargé de gérer les fonds destinés à l’aide aux victimes réfugiées. Cet agent spécial, nommé pour administrer les « menues dépenses », assure notamment :
-le versement d’allocations de subsistance;
-l’achat de vêtements pour les sinistrés;
-ainsi que diverses dépenses urgentes validées par les commissions de secours.
Cette organisation administrative démontre la rapidité avec laquelle les autorités guadeloupéennes structurent l’aide, en lien avec les commissions établies à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre.
Une mobilisation collective et populaire
Au-delà de l’action institutionnelle, la solidarité s’exprime également à travers des initiatives locales. Une souscription en faveur des victimes est lancée, recueillant des dons de particuliers et d’écoliers.
À Pointe-à-Pitre, les élèves d’une école communale participent ainsi à cet élan en versant une contribution symbolique, aux côtés de familles et de citoyens anonymes.
Par ailleurs, des établissements comme le lycée Carnot accueillent des étudiants martiniquais déplacés, contribuant à leur offrir une continuité éducative malgré le drame.
Une entraide régionale et internationale
L’aide ne se limite pas à la Guadeloupe. Très rapidement, une solidarité plus large s’organise : un comité officiel est créé en France, tandis que des pays étrangers, notamment les États-Unis, envoient vivres et secours. Néanmoins, la proximité géographique de la Guadeloupe en fait un acteur de premier plan dans la réponse immédiate à la crise.

Héritage et mémoire
L’éruption de 1902 a profondément marqué l’histoire de la Martinique, entraînant des transformations durables sur les plans démographique, économique et politique. Mais elle révèle aussi la capacité de solidarité entre territoires antillais.
L’action de Pointe-à-Pitre et de la Guadeloupe illustre une réponse rapide et organisée face à une catastrophe majeure. Elle rappelle que, dans les moments les plus sombres, les liens de proximité et d’entraide jouent un rôle essentiel dans la résilience des populations.
Ainsi, au-delà du drame et des erreurs humaines qui ont contribué à son ampleur, l’histoire de 1902 est aussi celle d’une solidarité régionale exemplaire, dont la Guadeloupe fut un pilier.
En 1976, Pointe-à-Pitre, toujours dans son rôle de ville à la hauteur de l’histoire du monde, va accueillir les réfugiés du Sud Basse-Terre, suite à l’éruption de la Soufrière.
Les écoles pointoises vont, de fait, devoir accueillir la mixité dans les établissements scolaires publics et privés afin de pouvoir contenir le flux soudain d’enfants.
C’est la solidarité de Pointe-à-Pitre, ville au passé et à l’envergure mondiale, qui s’exprime !!
Le musée Franck A. Perret sur la catastrophe de 1902, situé au n°169 rue Victor-Hugo à Saint-Pierre, a bénéficié d’une large rénovation en 2018 :
Site du musée Franck A. Perret
Pour aller plus loin :

