Robert Radford (1946–2025)
Né le 14 mai 1946 à Pointe-à-Pitre, Robert Radford grandit au cœur de la ville, dans une maison familiale située au n°3 rue Alexandre Isaac, à proximité de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul et de la Place de La Victoire.


Les grands-parents maternels de Robert Radford, Alice et Rodolphe Danaë, tiennent une boulangerie au n°41 rue de Nozières, à Pointe-à-Pitre.
A cet emplacement, auparavant, se trouvait la rédaction et le premier siège du journal quotidien « Le Nouvelliste » fondé par son directeur gérant Adolphe-Hildevert Lara dans une maison sans étage de 1909 à 1910.
Ce journal aura trois emplacements dont un à la rue Gambetta (1911-1912) avant de s’installer définitivement au n°52 de la rue Nozières. Voir article sur la presse

Très marqué par son départ pour la France à l’âge de quatorze ans, qu’il vit comme un arrachement, il construit une œuvre profondément traversée par la nostalgie, l’exil et la quête identitaire. C’est lors d’un retour en Guadeloupe, face à la lumière et à la « bleuité » du ciel de Pointe-à-Pitre à la sortie du cinéma La Renaissance sur la Place de La Victoire, qu’il décide de devenir peintre, dans le sillage de son arrière arrière grand-père (le grand-père de sa grand-mère maternelle Alice), le peintre Émile, Henri, Saint-Just Guilliod*.

Formé à Paris, à l’école d’art de la rue des Bons-Enfants, la trajectoire de Robert Radford prend forme dans l’effervescence artistique des années 1970, au sein du groupe surréaliste RupTure. Ce contexte d’expérimentation collective, marqué par l’héritage des avant-gardes, constitue un terrain fondateur pour l’élaboration d’un langage plastique singulier, nourri d’automatisme et de recherches formelles. Ses premières participations à des expositions collectives et à des salons majeurs de la scène française, tels que le Salon de la Jeune Peinture (Musée du Luxembourg, Paris, 1978), le Salon de Montrouge (1987, 1988) ou encore Grands et Jeunes d’Aujourd’hui (Paris, 1988-1992), témoignent d’une insertion progressive dans le champ artistique, tout en maintenant une position à la lisière des circuits dominants. Il participe également à des manifestations d’envergure comme MAC 2000 au Grand Palais (1989-1990) (presque au même emplacement que son arrière-arrière grand-père Emile Guilliod près de 105 ans plus tard ! ), et à la Biennale de La Havane (1984).
Son travail pictural, nourri par ses engagements, ses lectures et ses nombreux voyages, traverse différents espaces, de la Caraïbe à l’Afrique, du Moyen-Orient à l’Europe, tout en s’articulant autour de questions liées à l’identité et à l’histoire.
À partir des années 1980, Robert Radford affirme une démarche personnelle à travers de nombreuses expositions individuelles en France et à l’international, notamment à Paris (Marais noir, 1982 ; Galerie J. Boulanger, 1989 ; Galerie Phal, 1992 et 2002), à Hambourg (Galerie Raum & Kunst, 1984), à Antibes (Galerie AO, 1987) et à Levallois (Galerie Arte Viva, 1990, 1993, 1996, 2001, 2015). Structurée en séries comme « Exil », « Chroniques d’exil », « Femmes fatales », « Chroniques créoles », son œuvre déploie un ensemble de thématiques récurrentes liées à l’identité, à la mémoire et au déplacement. Ces axes de recherche, inscrits dans des contextes historiques et culturels spécifiques, peuvent être appréhendés à travers le prisme des études postcoloniales, sans pour autant épuiser la richesse formelle et symbolique de son travail.
En effet, l’œuvre de Radford ne se limite pas à une lecture thématique : elle interroge également les modes de représentation, oscillant entre figuration, narration fragmentée et constructions symboliques. Cette tension entre contenu et forme participe à la singularité de sa démarche, qui se développe sur plusieurs décennies sans rupture manifeste, mais avec une évolution progressive.
La reconnaissance institutionnelle de son travail se manifeste par sa présence dans diverses collections publiques et privées, en France comme dans les territoires ultramarins. Ce parcours, à la fois cohérent et ouvert, inscrit Robert Radford dans une dynamique artistique où se croisent expériences individuelles, héritages culturels et enjeux contemporains, faisant de son œuvre un objet d’étude pertinent pour appréhender les circulations et les recompositions de l’art dans un contexte globalisé.
Son œuvre, souvent construite à partir de nombreux croquis préparatoires, se distingue par une grande sobriété formelle, une intensité émotionnelle marquée et une attention fine à la lumière ainsi qu’aux effets de transparence. Inspiré par des écrivains tels que Dante, James Joyce, Aimé Césaire ou Saint-John Perse (un autre pointois), Robert Radford développe un univers pictural où s’entrelacent imaginaire, mémoire et regard sur le présent. L’eau, motif récurrent, y incarne une esthétique de la fluidité et de la sensualité.
Une dimension spirituelle syncrétique traverse également son travail. Issu d’une tradition catholique mais ouvert aux spiritualités du monde, notamment africaines, il manifeste un intérêt particulier pour le vaudou, auquel il consacre une exposition majeure en 2015. Cette approche se reflète dans ses œuvres, où dialoguent mythes, croyances et questionnements métaphysiques.



Artiste prolifique malgré des périodes de retrait, il a travaillé successivement à Paris, dans le Var, puis à Marie-Galante, où il s’installe définitivement en 2017. Ce retour aux origines correspond à une phase plus introspective de son parcours, bien que ralentie par des problèmes de santé. En 2024, une rétrospective présentée à l’Écomusée de Marie-Galante participe à la redécouverte de son œuvre sur son territoire natal.

Robert Radford meurt en janvier 2025, peu avant l’exposition « Paris Noir » au Centre Pompidou (Paris), à laquelle participe l’une de ses œuvres majeures, “L’île de Gorée” (1989) grâce au travail de Nathalie Hainaut. Après sa disparition, une donation importante est organisée par sa fille Sophie en Guadeloupe, entre le diocèse et la ville de Pointe-à-Pitre (Musée Saint-John Perse), permettant à une partie de son œuvre de revenir sur sa terre natale.


Aujourd’hui, il apparaît comme une figure singulière de la peinture caribéenne contemporaine, dont l’œuvre, à la croisée de l’intime et de l’histoire, interroge avec force les notions de mémoire, d’exil et d’appartenance.
Une exposition lui est consacrée du 11 avril au 29 juin 2026 au Musée municipal Saint-John Perse, dans les murs du Pavillon de la Ville de Pointe-à-Pitre.
Une partie de ses oeuvres et son univers sont à découvrir ABSOLUMENT !

Un ancêtre célèbre
*Émile, Henri, Saint-Just Guilliod naît le 2 juillet 1848 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, sur la Place de la Victoire. Il meurt le 15 décembre 1897 à Paris, dans le 14ᵉ arrondissement, à l’âge de 49 ans.
Il part pour Paris où il se forme auprès de Pils et de M. Cabanel à Paris.
Le 1er mai 1876, il participe en tant qu’artiste peintre à l’exposition des artistes vivants organisée au Palais des Champs-Élysées à Paris (*Palais de l’Industrie et des Beaux-Arts), où il présente son œuvre intitulée « Portrait de M. T.. », répertoriée sous le numéro 978.
Il est domicilié au 42, rue Cler (Gros-Caillou) à Paris (7e).
*Le palais de l’Industrie et des Beaux-Arts a été construit en 1853, sur l’avenue des Champs-Élysées (parallèle à l’avenue), pour abriter notamment l’Exposition Universelle de 1855 et démoli en 1896 pour laisser place au Petit Palais et au Grand Palais.

Il renouvelle sa participation le 1er mai 1885 lors de cette même exposition, y exposant « Portrait de Mademoiselle Béatrix », inscrit sous le numéro 1189.
Il est domicilié au 46 bis, avenue d’Orléans à Paris (14e).


Par ailleurs, il se distingue comme un illustrateur prolifique. Ses travaux apparaissent notamment dans des représentations d’événements et de faits divers survenus à Paris, tels que « L’Attentat contre Jules Ferry » en 1887, « La Grève des terrassiers » en 1889 ou encore « L’Exposition de Paris » en 1889.

A noter qu’il représente des scènes de cataclysmes suite au passage d’un cyclone en Martinique en 1891.
Avant 1894, il est inscrit comme élève en section peinture à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts (numéro de registre / article : cote AJ/52/262).
Une peinture localisée à la chapelle de Chadrac (Haute-Loire, Auvergne-Rhône-Alpes) lors d’un récolement de 2014 a été retrouvée par un dépositaire en 2015.
Il s’agit de “La Vierge au chapelet”, une peinture (huile sur toile) d’Émile, Henri, Saint-Just Guilliod réalisée vers 1878, copiée d’après l’œuvre du peintre Bartolomé Esteban Murillo.
L’œuvre a été acquise auprès de l’artiste en 1878 et porte le numéro d’inventaire FNAC PFH-5380.
Depuis mars 1879, elle est déposée à la Mairie de Chadrac.
Elle appartient au Centre national des arts plastiques.
La référence de prêt ou de dépôt est 82789.
Ainsi s’écrit l’histoire de notre belle ville de Pointe-à-Pitre, qui a vu naître et inspiré de nombreux artistes pointois, lesquels ont parcouru ses rues et ses places avant de rayonner à travers le monde.
Chaleureux remerciements concernant la partie sur Robert Radford :
-A Sophie Radford sa fille, avec son aimable autorisation;
-Au Musée Municipal Saint-John Perse et à Katarina Jacobson sa directrice;
-A Nathalie Hainaut, commissaire de l’exposition et critique d’art (Association Internationale des Critiques d’Art Sud Caraïbe) et (Centre d’Etudes et de Recherches en Esthétique et Arts Plastiques).
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Sources :
Sophie Radford (sa fille);
-Le musée Municipal Saint-John Perse de Pointe-à-Pitre;
-“Catalogues of the Paris Salon 1673 to 1881”;
-Catalogue de “l’exposition des artistes vivants organisée au Palais des Champs-Élysées à Paris le 2 mai 1885”;
-Site internet de généalogie Geneanet;
-“Montrer le risque aux Antilles : artistes et catastrophes naturelles dans l’histoire de l’art du XXe siècle”, Christèle Lozère;
-Commission de récolement des dépôts d’oeuvres d’art, rapport sur le département de la Haute-Loire, Publication du 11 octobre 2021;
-Collection du Centre national des arts plastiques;
-Archives de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts;
-Wikipedia


