Une figure majeure de la vie politique guadeloupéenne sous la IIIe République
Né le 23 août 1854 au n°81 rue Henri IV (rue Jean Jaurès) à Pointe-à-Pitre et décédé le 30 mai 1908 à Mareil-en-France, Gaston Marie Sidoine Théonile GERVILLE-REACHE demeure l’une des figures les plus marquantes de la vie politique guadeloupéenne de la fin du XIXe siècle. D’ascendance Kalinago, bretonne (kréach’) et africaine, député de la première circonscription de la Guadeloupe (Basse-Terre) pendant 25 années consécutives, de 1881 à 1906, il détient un record de longévité parlementaire exceptionnel.

Une formation intellectuelle entre Caraïbe et « métropole » (appellation ancienne)
Issu d’un milieu modeste mais instruit, Gaston Gerville-Réache est le fils d’un fonctionnaire judiciaire, d’abord clerc de notaire puis greffier à la cour d’appel de Pointe-à-Pitre. Après une enfance en Guadeloupe, il poursuit ses études au lycée de Versailles avant de revenir brièvement dans la caraïbe.
Il enseigne la rhétorique et la philosophie en Haïti, mais une instabilité politique liée à la chute du président Michel Domingue écourte cette expérience. De retour en France, il entreprend des études de droit à Paris et devient avocat au barreau, à l’image d’Alexandre Isaac, un autre pointois célèbre.
L’influence décisive des grandes figures républicaines
Très tôt engagé dans les milieux intellectuels et politiques, G. Gerville-Réache participe en 1879 au banquet célébrant l’abolition de l’esclavage, présidé par Victor Hugo. Il en publie un compte rendu, signe d’un engagement déjà affirmé.
L’année suivante, il rédige une biographie de Victor Schœlcher. Ce dernier devient son mentor et l’encourage à se lancer en politique, avec le soutien également de Georges Clemenceau.
Une ascension politique fulgurante
Lors des élections législatives de 1881, G. Gerville-Réache se présente en Guadeloupe. Encore inconnu, il bénéficie d’un contexte de faible mobilisation électorale et est élu au second tour face à Émile Réaux, également pointois (il est un descendant de Man Réaux). À seulement 26 ans, il devient l’un des plus jeunes députés de la Chambre.
D’abord inscrit à l’extrême gauche radicale aux côtés de Gaston Sarlat, il évolue ensuite vers une position plus pragmatique, rejoignant l’Union des gauches. Il se définit lui-même comme « radical par principe mais opportuniste par circonstance ».
Réélu à plusieurs reprises (1885, 1889, 1893, 1898, 1902), il s’impose durablement dans la vie politique coloniale. En 1904, il accède à la vice-présidence de la Chambre des députés.
Un député engagé pour les questions coloniales
Durant ses 25 années de mandat, G. Gerville-Réache se distingue par une activité parlementaire intense . Il intervient régulièrement sur les budgets de la Marine et des Affaires étrangères, et joue un rôle clé dans les débats liés aux colonies.
Ses priorités concernent notamment :
- La réforme des tarifs douaniers;
- La crise du sucre;
- La diversification des cultures en Guadeloupe;
- Les conditions de travail dans les colonies;
- L’instruction publique.
Il s’investit aussi dans des réformes juridiques importantes, comme celle du code d’instruction criminelle, de la magistrature ou encore la question de la relégation des récidivistes.
Le 6 mai 1882, il fait voter un amendement un crédit annuel de 200.000 francs à l’Assemblée Nationale pendant trois ans à titre de subventions pour la Guadeloupe pour l’assainissement de la ville de Pointe-à-Pitre.
Après le tremblement de terre de 1897 en Guadeloupe qui endommage des édifices à Pointe-à-Pitre, il se mobilise activement pour obtenir une aide financière conséquente de l’État.
La ville de Pointe-à-Pitre doit beaucoup à son enfant.
Peut-être une rue, une résidence ou une place pourrait lui être consacrée ?

Collection privée
Un homme de presse et d’idées
Parallèlement à sa carrière politique, Gaston Gerville-Réache mène une activité journalistique. Il collabore au journal “La Justice”, fondé par Clemenceau, avant de créer en 1882, avec Victor Schœlcher, “Le Moniteur des Colonies”.
Ce journal vise à populariser les enjeux coloniaux et à défendre les intérêts des territoires d’Outre-mer.
Il est proche du journal « La Vérité », dont le directeur politique est le député Emile Réaux. Il sera mis à sac par les partisans d’Achille René Boisneuf en 1906.
Le journal fondé en 1889 se situe d’abord au n°19 rue Gambetta à Pointe-à-Pitre.
Une figure influente
Malgré des parcours similaires (origine, profession, engagement républicain), ses relations avec Alexandre Isaac restent conflictuelles. Cette rivalité illustre les divisions internes des élites politiques de l’époque.
Il affronte également Hégésippe Légitimus, figure montante, qu’il parvient à battre en 1902 dans sa circonscription.
Fin de carrière et héritage
En 1906, après un quart de siècle de domination politique, Gerville-Réache est battu par Alfred Léon Gérault-Richard, marquant la fin de sa carrière parlementaire.
Il meurt deux ans plus tard, à l’âge de 54 ans.
Gaston Gerville-Réache incarne une génération d’hommes politiques issus des colonies qui ont su s’imposer sur la scène nationale sous la Troisième République. Juriste, journaliste et parlementaire engagé, il a consacré sa carrière à défendre les intérêts de la Guadeloupe et à faire entendre la voix des colonies au cœur de la République française.
Il est apparenté au chanteur et compositeur Laurent Voulzy et à l’artiste peintre Nicole Réache.
Aujourd’hui, son héritage demeure vivant en Guadeloupe. Le Lycée Gerville-Réache, inauguré en 1965 à Basse-Terre dans l’ancien hôpital Saint-Louis, porte son nom, témoignant de son importance dans l’histoire politique et intellectuelle de l’archipel.
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Remerciements particuliers à Nicole Réache, pointoise native natale
Sources : “Gerville-Réache – La Vérité” en cinq tomes, Yvon Le Villain


