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Histoire

La première abolition de l’esclavage en France

Lecture : 3 min.

Le 4 février marque la date de la première abolition de l’esclavage en France suite à un vote de la Convention Nationale (Assemblée Nationale).
Ce vote fut le fruit du travail de plusieurs personnes dont le député de Saint-Domingue (Haïti) Jean-Baptiste BELLEY, premier député noir français, qui votera le 3 février 1794 le texte, non sans heurts avec les députés conservateurs et proches des propriétaires-planteurs dans les colonies.
Moins connue que celle de 1848, cette abolition intervient 4 ans après la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui donnera la citoyenneté aux personnes de couleur et aux juifs sur le sol français.
En Martinique, les propriétaires-planteurs initieront un accord avec la Couronne britannique afin de passer sous son protectorat et ainsi échapper à l’abolition sur l’île.

Décret d’abolition de la Convention du 4 février 1794 – 16 pluviôse an II.
Par République française, Convention nationale. Archives nationales, Cote : BB/34/1/58, Domaine public.

Jean-Baptiste BELLEY serait né le 6 juillet 1746 ou 1747 sur l’île de Gorée au Sénégal. Il fut embarqué à l’âge de 2 ans pour Saint-Domingue et mis en esclavage jusqu’à ce qu’il puisse racheter sa liberté grâce à son métier de perruquier.

jean baptiste belley saint-domingue convention nationale abolition de l'esclavage 1794
Peinture de Girodet De Roussy-Trioson Anne-Louis (1767-1824) vers 1797.
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV4616.

Il fut élu député de la Convention Nationale le 24 septembre 1793 pour représenter le département du Nord de la colonie française de Saint-Domingue au côté de deux autres élus de l’île.
Il faisait partie des députés dits montagnards et fut membre du Club des jacobins.

Nommé chef de la légion de gendarmerie à Saint-Domingue en 1801, il fut trahi puis incarcéré dès 1802. Il meurt le 6 août 1805 dans la forteresse de Belle-Ile en mer.

Une copie de la proclamation de l’abolition de l’esclavage est apportée en Guadeloupe par Victor HUGUES.
Son navire débarque sur la plage des Salines au Gosier le 2 juin 1794.
Une stèle commémorative fut installée sur la même plage par le Komité 94, en 1994.
Dans la cale du bateau se trouve également une guillotine devant servir à couper le cou des propriétaires d’habitations sucrières, des royalistes et autres opposants à la Convention.

Stèle commémorative située sur la plage des Salines au Gosier.
Proclamation de l’abolition de l’esclavage apportée par Victor HUGUES aux îles du vent.
Domaine public.

Pour aller plus loin :

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Histoire

Le 24 décembre

Lecture : < 1 min.

Cette date marque l’arrivée du bateau nantais « L’Aurélie » le 24 décembre 1854, en provenance d’Inde et plus particulièrement de Pondichéry. Il débarque à La Darse le premier convoi de 314 travailleurs indiens engagés sous contrat après plusieurs semaines en mer et deux océans traversés.
Le dernier convoi (sur 93 au total) amenant 600 travailleurs, lui, sera effectué sur le navire « Nantes Bordeaux » le 31 janvier 1889.
Les guadeloupéens indo-descendants obtiennent la nationalité française en 1923, fruit du combat d’Henry SIDAMBAROM.

Chaque année, c’est l’occasion pour des descendants, pour l’Association des Amis de l’Inde et le Comité du Premier Jour de rendre hommage à leurs aïeux lors d’une cérémonie et d’apporter des offrandes au pied du Mémorial du Premier Jour.
Il est installé en 2004 à l’angle Nord-Est de La Darse.
Composée de cuivre et de zinc, la sculpture est l’œuvre de l’artiste indien Inderjeet Sahdev.

La Darse, Pointe-à-Pitre – 2023
Jetée de fleurs dans La Darse, Pointe-à-Pitre – 2023

Le 17 décembre 2023, une gerbe est déposée dans La Darse et la première pierre du futur Mémorial du Premier Jour est posée sur le site de Darboussier en présence de son excellence Jawed ASHRAF, ambassadeur d’Inde en France.
(Re)voir le reportage de Guadeloupe la 1ere

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Histoire

Anniversaire de la naissance de Camille MORTENOL

Lecture : 2 min.

Le 29 novembre – Ce jour marque l’anniversaire de la naissance de Camille MORTENOL.
De son nom complet, Sosthène, Héliodore, Camille MORTENOL, il est né un mardi 29 novembre 1859, dans une modeste case à l’angle des rues Abbé Grégoire et de Nozières à Pointe-à-Pitre.
Son père, né en Afrique vers 1809, est emmené en Guadeloupe et mis en esclavage. Il parvient, le 23 juillet 1847, à acheter sa liberté auprès du gouverneur de la Guadeloupe Marie Jean-François LAYRLE.
Il prend le patronyme « MORTENOL ».

Scolarisé en primaire auprès des Frères de Ploërmel à Pointe-à-Pitre, puis dans un collège à Basse-Terre, Camille MORTENOL, élève brillant, sera repéré par un puissant homme politique qui lui obtient une demi bourse d’état lui permettant de compléter une demi bourse locale afin d’intégrer le lycée Montaigne à Bordeaux vers 1875. Il poursuivra son parcours remarquable à l’Ecole Polytechnique, à Paris, qu’il intègre en 1880 sur concours. Il est alors 19e sur 209 reçus.

Il rejoint ensuite des corps expéditionnaires de l’armée française, notamment à Madagascar.
Il recevra de nombreuses médailles pour ses faits d’arme.
De 1915 à 1917, à sa demande, il est chargé de superviser la défense anti-aérienne de Paris contre les raids de l’armée allemande.
Il aura embrassé une brillante et longue carrière militaire notamment en tant qu’officier de la Marine française.

Mort le 22 décembre 1930, il est inhumé au cimetière de Vaugirard à Paris.

Un mystère perdure quant à son identité…

De nos jours à Pointe-à-Pitre, une rue et une cité portent son nom, une statue lui rendant hommage est installée depuis les années 1990 sur les quais, et deux plaques retraçant son parcours sont accrochées sur la façade d’un immeuble ayant remplacé sa case natale.

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Ti kamo Lapwent

Un grand parking sur la Place de La Victoire ?

Lecture : 4 min.

Que se passe-t-il sur la Place ?

Le 17 décembre 2021 était annoncée, devant la Renaissance encore “debout” lors d’une première conférence de presse publique, la démolition de cette dernière ainsi que celles de l’ancienne clinique Saint Nicolas et la Maison de Marie-Galante. 

Maison de Marie-Galante au 18-09-2023

Concernant ces deux dernières, l’annonce a été faite par le porteur foncier : https://fb.watch/mdhPstXiNX/

Regarder de 28 min à 33 min 30 sec sur la vidéo.

Pour rappel, une étude sanitaire chiffrée réalisée début 2021, soit un an après l’incendie du cinéma, avait indiqué que la restauration et le confortement de la façade était possible pour un coût moindre que la démolition/”reconstruction”. 

Pourquoi l’option de la démolition a été choisie ?

La dent de creuse de la Renaissance au 01-11-2023

On nous promettait aussi cette fameuse “reconstruction à l’identique” de la Renaissance avant la course transatlantique…qui a eu lieu en novembre 2022 : https://fb.watch/mdhPstXiNX/

Regarder à partir de 1 h 14 min de la vidéo.

Le 13 juillet 2022, à l’occasion d’une seconde conférence de presse publique au même endroit (la Renaissance en moins) était annoncé le projet retenu pour créer un nouveau cinéma, entre autres, mais aussi (et cette information était inattendue) la création de 250 places de parking…sur la Place de La Victoire.  Au fil du temps, des choses apparaissent…pourtant, un monument historique a été détruit !!
Il aurait été logique qu’il y ait d’abord un projet…

Selon les panneaux présentés ce jour, l’un d’entre eux (daté de juin 2022) faisait état de places de parking partant de la Sous-Préfecture jusqu’au Nord de la Place, devant le nouveau Tribunal de Commerce (ancienne Caisse d’Epargne).

Illustration de la zone approximative du parking projeté selon les plans présentés lors de la conférence
Zone concernée par le parking selon les plans présentés, vue vers le Sud au 18-09-2023
Zone concernée par le parking selon les plans présentés, vue vers le Nord au 18-09-2023

Ce projet a-t-il été validé par les autorités compétentes en matière de patrimoine (abords de monuments historiques) mais aussi d’urbanisme, sans oublier la partie écologie ?

https://fb.watch/mdhPstXiNX/ …. 

Regarder à partir de 1 h 19 min 20 sec de la vidéo de la conférence du 17/12/2021.

Dorénavant, ça se passe en conseil municipal, en effet selon les convocations et procès verbaux, régulièrement le porteur foncier est autorisé par la ville à acheter des parcelles aux alentours de l’ancienne Renaissance afin d’y créer des places de parking supplémentaires, il s’agit donc de démolition de bâtisses anciennes à prévoir pour les parcelles construites, toujours dans le périmètre des 500 mètres de monuments historiques, pourtant réglementé.

Les parcelles ont été sélectionnées et leur sort a été scellé en conseil municipal (cf procès verbaux).

Des questions se posent

  • L’aspect patrimonial de la Place sera-t-il pris en compte ?
  • Pourquoi n’y a-t-il pas encore eu d’enquête publique sur tout ce projet ?
  • Des arbres multi centenaires vont-ils être abattus ?
    Certains ont été plantés en 1794 (229 ans). 
  • La Maison de Marie Galante et la Clinique Saint Nicolas vont-elles être détruites comme indiqué ?
  • N’y a-t-il pas possibilité de faire un chantier-école sur la Maison de Marie Galante ?

Le patrimoine est un outil potentiel économique majeur pour la ville, mais aussi un marqueur fort de l’identité pointoise et guadeloupéenne. Préservons-le !
L’association suit de près le dossier.

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Ti kamo Lapwent

Encore une démolition en vue ?

Lecture : 4 min.
2 rue Jean Jaurès – crédit : Patrimoine Pointois

Si vous aimez le patrimoine, c’est peut-être le moment de prendre en photo cette belle villa de ville pointoise, en effet sa silhouette élégante ne sera bientôt plus qu’un souvenir à en croire les documents du conseil municipal.
Géolocalisation

Pour rappel, le 9 août 2022 le conseil municipal a voté à l’unanimité des membres présents le portage foncier de la parcelle (source : PV du Conseil Municipal). Il a été présenté les plans d’un immeuble tout en béton de trois étages plus galetas (R+4 ?) et prenant emprise sur toute la parcelle, sa façade donnant directement sur le trottoir.
->Au revoir la belle cour aérée, place à la chaleur !
Pourtant cette villa et sa parcelle ne manquent pas d’atouts. Ainsi, ce qui la caractérise en villa de ville pointoise est dû au fait qu’elle se situe au milieu du terrain et qu’elle soit de construction typiquement pointoise avec ses façades au bardage de bois à larges planches, ses marquises décorant les pants de toit, ses auvents aux dimensions permettant tant l’abri de la pluie que du soleil ou encore son bassin situé sur sa droite dans la grande cour et la large galerie ouverte sur trois côtés pour une fraîcheur assurée.

L’histoire de ce lieu est atypique; il s’agit de l’une des plus anciennes agences de transit de Guadeloupe fondée en 1896 et reconstruite après le cyclone de 1928. Ce lieu rappelle l’histoire maritime pointoise avec ses transitaires en douanes, ses quais ou encore ses entrepôts.
Beaucoup de pointois se souviennent de la célèbre agence de voyage (située sur la droite depuis la rue) qui jadis leur avait permis de séjourner dans de multiples destinations à travers le monde.
Côté loi, la bâtisse se situe dans le périmètre de protection des 500 mètres de plusieurs monuments historiques (cf. Code du Patrimoine) dont l’ancienne mairie (40 m), le Musarth (70 m), ou encore le Musée Saint John Perse (195 m) pour ne citer qu’eux !

A l’heure où le conseil municipal nous parle de son désir de « rafraîchir la ville » et de « lutter contre les îlots de chaleur » notamment lors du conseil municipal du 26 mai 2023 :

« 13. Recyclage des Friches urbaines (Tranche 1) – Centre ancien de la ville de Pointe-à-Pitre –
Végétalisation et renaturation des espaces publics en centre-bourg pour limiter le ruissellement des eaux pluviales et lutter contre les ilots de chaleur – Demande de subvention DETR 2023
« 

Source : Convocation Conseil Municipal du 26 mai 2023.


Selon le point 2 de l’ordre du jour du conseil municipal du 9 août 2022 :

« 2- PORTAGE FONCIER DE LA PARCELLE A1 5 ACQUISE PAR l'[…] POUR LE COMPTE DE LA VILLE DE
POINTE-A-PITRE
Monsieur M[…] présente ce point en indiquant que l'[…] a donné son accord pour procéder à l’acquisition de la parcelle AI 5 d’une superficie de 410 m² sise 2, rue Jean Jaurès, pour le compte de la Ville de Pointe-à-Pitre. Ce bien étant destiné à la construction de logements.
Il explique les contours d’une convention opérationnelle de ce portage foncier.

Monsieur le Maire apporte des précisions sur ce projet. Il indique que cette convention prévoit un certain nombre d’options que l'[…] peut prendre en charge pour la collectivité.
Il explique les modalités d’intervention et les différents avantages que peut bénéficier la ville, notamment dans le cadre de l’optimisation des actifs et l’accompagnement de l'[…]…
« 

Extrait du PV du Conseil Municipal du 9 août 2022


Des questions se posent alors :
-Pourquoi avoir voté la démolition de fait de ce magnifique pan du patrimoine pointois en le remplaçant par un bloc de béton de 3 étages avec combles ?
-Quel est le coût écologique de toutes ces démolitions ?
-Quel est l’impact environnemental et calorique de ces « blockhaus » et de leur construction et dans le temps ?
-N’y a-t-il pas là l’opportunité de réaliser un chantier école afin de préserver et réhabiliter le patrimoine tout en formant des artisans qui demain seront les garants de savoir-faire de cette richesse au travers de la Guadeloupe toute entière ?

La villa étant encore debout, espérons que la municipalité et le porteur foncier la réhabilitent et l’ouvrent au public afin d’en faire par exemple un tiers-lieu…en souhaitant que cette idée fasse partie du fameux « …certain nombre d’options… » du porteur foncier.

Il ne reste que trois villas de ville à Pointe-à-Pitre dont celle-ci, une à la rue Nassau et une autre sur la Place de La Victoire : La Maison de Marie-Galante, elle aussi menacée de démolition (source : conférence de presse décembre 2021, Place de La Victoire)…

Au moment où des propriétaires d’immeubles pointois montrent la voie à la restauration et à la mise en valeur du patrimoine de Pointe-à-Pitre, il serait dommage, si tel n’était pas le cas, que la puissance publique ne s’empare pas de cet élan qui pourrait, à terme, devenir une source de retombées économiques variées non négligeables autour du Patrimoine, de la Culture et des loisirs.

Texte : Patrimoine Pointois

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Histoire

1923-2023

Lecture : 3 min.

Les 12, 13 et 14 mai 2023 marquent les cent ans du « Concours-Exposition Artistique et Agricole » de Pointe-à-Pitre, la première exposition d’art en Guadeloupe.

En 1923, sur la Place de La Victoire, durant ces trois jours, sont installés des stands comme celui hors concours de Germaine CASSE, artiste peintre et organisatrice de ce concours-exposition, ou toujours hors concours, celui d’Henry GABRIEL professeur de dessin au lycée Carnot et futur co-financeur et co-initiateur du théâtre La Renaissance quatre ans plus tard aux abords de cette même place, sans oublier le stand du photographe pointois Charles BOISEL.
Les stands de l’Usine Darboussier, de la Banque de la Guadeloupe, ou encore celui de la Société d’Entreprises Industrielles de la Guadeloupe attirent de nombreux badauds qui viennent admirer les champions du champ de courses de Dugazon comme Thiocol, primé au concours, tandis que les bœufs de concours pâturent sur la Place.

Il faut dire que nous sommes avant le passage du cyclone de 1928, qui va étêter les sabliers et manguiers centenaires, et 1933 qui verra la rénovation de la Place en vue des fêtes du tricentenaire du rattachement de la Guadeloupe à la France en 1935.
Cet espace arboré et légèrement bosselé est « quadrillé » par des chemins tracés en diagonale (partant des rues adjacentes à la Place) par l’usure des pas des piétons au fil des décennies.
Au Sud, près de la Darse se trouve une fontaine « Wallace« 

Crédits photos : Charles BOISEL – 1923.
Collection privée.

Ce concours-exposition est à l’initiative de Germaine CASSE, fille du député de la Guadeloupe Germain CASSE (1873-1876). Membre de la Société des Artistes Antillais elle fut missionnée pour développer la formation et la vie artistique en Guadeloupe (1923-1926).

Sources : « Des îlets à la Place de La Victoire »
Collection « La Pointe hier et aujourd’hui »
Maryse RINALDO et David GREGOIRE – 2023.

Quelques mois plus tard, du 15 au 31 janvier 1924, le 1er salon artistique est organisé à Pointe-à-Pitre par la Société des Artistes Antillais.

Affiche réalisée par Germaine CASSE.
Pointe-à-Pitre et sa rade sont représentées à l’arrière plan.
Collection privée.

L’Atelier Karukéra, dont Germaine CASSE est directrice, organisera plus tard à la Maison Antillaise située au 15 Faubourg Montmartre à Paris dans les années 1920 une exposition sur les « Tableaux, produits des Antilles« .

En 1935, elle participa en tant qu’artiste à la croisière du tricentenaire à bord du paquebot Le Colombie parmi 365 autres passagers tels des députés et sénateurs, des scientifiques, des écrivains, des artistes, des journalistes et cinéastes. Parti du Havre le 10 décembre 1935, le navire arrive à Pointe-à-Pitre le 20 décembre 1935.

Sources : « Des îlets à la Place de La Victoire »
Collection « La Pointe hier et aujourd’hui »
Maryse RINALDO et David GREGOIRE – 2023.

Cent ans après, quelle est la place de l’Art et de l’Agriculture dans la société et dans les politiques publiques ?

Texte de David GREGOIRE.

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Coup de cœur

Maison Victoire

Lecture : 6 min.

A l’occasion de l’inauguration le 18 mars 2023 du boutique-hôtel Maison Victoire situé au 24 rue Barbès, après 2 ans de travaux, nous avons rencontré la propriétaire de ce bel immeuble des années 1930 que nous tenons vivement à féliciter pour le travail de préservation et de réhabilitation du patrimoine de notre ville.

Façade de la Maison Victoire au 24 rue Barbès.
Crédit : David Grégoire.

PP : Bonjour Pauline Montauban, tout d’abord, qu’est-ce qui vous a motivé à choisir Pointe-à-Pitre, à venir investir à Pointe-à-Pitre ?

PM : « Je dirais l’amour du Patrimoine, de l’architecture mais aussi la déception de voir ce qui est fait du Patrimoine à Pointe-à-Pitre et plus largement en Guadeloupe. Plusieurs villes de la Caraïbe ou d’Europe ont réussi à mettre en lumière leur patrimoine riche et en faire quelque chose avec une valeur ajoutée, comme San Juan (Porto Rico) par exemple. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire en Guadeloupe et qu’il fallait que l’on essaie nous aussi de mettre à l’honneur notre patrimoine architectural qui est riche et magnifique mais laissé à l’abandon. »

Le salon d’accueil et son bar.
Crédit : David Grégoire.

PP : Comment avez-vous procédé au départ ?

PM : « La volonté première a été d’acquérir un bien à Pointe-à-Pitre, dans l’ancien avec une architecture traditionnelle. Au départ, je n’avais pas forcément flashé sur la façade de l’immeuble qui abrite aujourd’hui la Maison Victoire. Le projet initial se situait sur la Place de La Victoire mais, pour diverses raisons, nous n’avons pas pu faire l’acquisition de ce premier immeuble. Je me suis alors mise en quête de trouver un autre immeuble assez grand et adapté au projet. »

PP : Quelle était la nature de ce projet ?

PM : « Avec l’envie de mettre en valeur notre patrimoine, l’idée d’un hôtel me paraissait avoir du sens. C’est un projet qui permet d’allier la mise en avant de l’architecture, la mise en valeur du patrimoine gastronomique, à travers la création d’une partie restauration, mais aussi plus globalement la mise en valeur l’art de vivre Créole par la façon d’accueillir notamment avec la notion d’hospitalité guadeloupéenne.
L’hôtellerie combine tous ces éléments afin de mettre en lumière le patrimoine matériel et immatériel guadeloupéen et pointois. »

Coursive menant au 1er étage.
Crédit : David Grégoire.
Une chambre située au 2eme étage.
Crédit : David Grégoire.
Une chambre située au 1er étage.
Crédit : David Grégoire.
Crédit : David Grégoire.

PP : Quelles ont été les démarches administratives nécessaires ?

PM : « J’ai d’abord tenté de comprendre les objectifs et ambitions de la ville de Pointe à Pitre à travers les projets retenus par le programme “Action Cœur de Ville”, et j’ai compris que le montage de projet avec la structure qui aurait pu porter le projet ne m’aurait pas permis d’en bénéficier, étant déjà une structure commerciale. J’ai donc contacté le cabinet d’urbanisme C2R, mandaté par la ville dans le cadre de l’OPAH RU. On a pu définir ensemble les dispositifs, les soutiens et les aides disponibles pour notre projet dans le périmètre géographique dans lequel se situe l’immeuble. Nous avons également été mis en contact avec la DAC notamment concernant les subventions inhérentes à la préservation de la façade mais aussi certains éléments architecturaux remarquables comme notre escalier en bois et sa marqueterie et autres mobiliers. Nous avons bénéficié d’avis consultatifs de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF).

Marqueterie sur un poteau d’arrivée de l’escalier.
Crédit : David Grégoire.

Question urbanisme, une demande de permis de construire a été déposée au service urbanisme de la ville. Nous avons dû constituer un dossier incluant une demande de dérogations; En effet, certaines normes comme celle de l’accessibilité aux PMR ne peuvent pas forcément être appliquées et des demandes de dérogations au titre du Patrimoine peuvent être faites. »

PP : Avez-vous trouvé en Guadeloupe des artisans et corps de métiers spécifiques à ce type de chantier ?

PM : « Oui, notamment la reprise des garde-corps d’origine en ferronnerie datant des années 1930 mais aussi la remise en état des menuiseries d’origine.
Les garde-corps ont été déposés puis sablés*. Une peinture antirouille a ensuite été appliquée.

Ce qui peut être vu comme une difficulté c’est, de prime abord, le manque de compréhension de la part de certains artisans de garder l’ancien sur un chantier. Très souvent la réflexion est faite de faire du neuf, de ne pas se “prendre la tête” à rénover de l’ancien…et finalement, quand tout s’assemble, ceux sont les premiers à être fiers du travail fini, notamment sur les robinets anciens, ou encore de garder des imperfections afin de conserver le caractère patrimonial, le vécu de la bâtisse.
Le but est de moderniser le lieu tout en préservant notre patrimoine. »

*Sablage : Le procédé du sablage consiste à projeter un abrasif à grande vitesse, par jet d’air comprimé afin de le décaper.

Ferronnerie d’un garde-corps.
Crédit : David Grégoire.

PP : Qu’est-ce qui est le plus marquant sur la façade ?

PM : « Certains éléments en métal comme les volets en accordéons qui, pour certains, ont dû être fabriqués à l’identique car les anciens, abîmés, étaient tombés. A noter que les volets ont été ajoutés postérieurement à la construction de l’immeuble.
Par ailleurs, les volets en accordéons étaient en meilleur état que les garde-corps. Concernant ces derniers, nous avons dû les rehausser afin de répondre aux normes actuelles de sécurité. »

Des volets côté façade rue Barbès.
Crédit : David Grégoire.

PP : Concernant la destination commerciale du lieu, quelles sont les contraintes ?

PM : « Dans la partie restaurant, nous avons dû nous soumettre à la remise aux normes actuelles. Nous avons choisi l’induction pour minimiser les risques d’incendie. »

PP : Pourquoi “Maison Victoire” ?

PM : « Étant fan de Maryse Condé, j’ai souhaité rendre hommage à sa grand-mère, Élodie Victoire Quidal, dont elle parle dans son roman autobiographique “Victoire, les Saveurs et les Mots”, dédiée à cette grand-mère qu’elle n’a pas connue. Victoire était une cuisinière pointoise. Ce nom, pour moi, avait du sens pour le premier établissement du groupe.

Crédit : David Grégoire.
Le toit-terrasse et son bar.
Crédit : David Grégoire.

Pour finir, un tel projet représente un certain coût et parfois, pour certains cela pourrait être décourageant, mais il faut tenir. Pointe-à-Pitre a besoin de projets, d’initiatives et d’investissements.
Ensemble nous pourrons faire revivre cette belle ville. »

Crédit : David Grégoire.

Propos recueillis par Patrimoine Pointois.

Retrouvez l’actualité de Maison Victoire sur Instagram.
Sur internet : Maison Victoire
Localisation : rue Barbès, Pointe-à-Pitre

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Coup de cœur

Label Année de la Gastronomie

Lecture : < 1 min.

Notre association est heureuse et fière de collaborer avec l’association des Cuisinières de la Guadeloupe.
En effet, le travail effectué en commun avec l’association, MD Consulting ainsi que Cap Excellence a permis d’obtenir le label « Année de la Gastronomie«  mis en place par l’Etat afin de valoriser le patrimoine culinaire.

Logo du label Année de la Gastronomie

La fête des Cuisinières, qui s’est déroulée le samedi 6 août 2022 à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre, a été l’occasion de présenter le nouveau logo de l’association des Cuisinières de la Guadeloupe. C’est par le biais de David Grégoire, président de notre association, que le logo a été créé.

Nouveau logo des Cuisinières de la Guadeloupe
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Ti kamo Lapwent

UNE FUITE EN AVANT = UN RECUL DU PATRIMOINE

Lecture : 3 min.

Durant la semaine 22 de 2022, nous avons aperçu, accroché sur le mur de façade des Chantiers Viviès, un permis d’occupation de la voie publique signée par l’édile de la ville signalant l’imminence de la démolition des Chantiers Viviès.
Des barrières Héras ont à nouveau été installées aux abords de l’édifice situé sur le quai Ferdinand de Lesseps.
A notre grand regret la démolition de cet édifice remarquable de 1949, de par son architecture mais aussi de par son concepteur qu’était l’éminent architecte guadeloupéen Gérard-Michel Corbin et qui raconte l’histoire des quais de Pointe-à-Pitre, semble actée…

Document accroché sur la façade des Chantiers Viviès. Photo datée du 05-06-2022.

Ce n’est pas faute d’avoir questionné les acteurs du dossier et informé le public de la menace de disparition d’un pan du patrimoine pointois.
Nous avons même formulé une demande de recours gracieux transmise au maire, et qui à ce jour et sauf erreur de notre part, reste sans réponse ce qui signifie le rejet de notre demande.
Le 5 février 2021 nous avions fait un article au sujet des Chantiers Viviès.

En 2008, un projet avait fait l’objet d’une collaboration avec l’autorité compétente afin que la façade soit conservée, ce qui avait été accordé dans un permis de construire modificatif. Le projet comportait bien la façade d’origine surmontée de nouveaux étages, le tout conservant l’aspect extérieur du patrimoine Gérard-Michel Corbin en mettant en retrait les nouveaux étages, tout en réhabilitant l’intérieur avec l’aménagement/création de nouveaux espaces et même d’un petit parking intérieur pour les usagers.
Une méthode intelligente et efficace de pérennisation du patrimoine tout en l’adaptant à notre époque et aux besoins urbains de Pointe-à-Pitre.

Représentation de la façade ancienne conservée juxtaposée à une représentation de la façade surmontée de l’agrandissement.
Propriété intellectuelle de Michel Corbin architecte DPLG – 2008.
Représentation générale de la façade surmontée de l’agrandissement.
Propriété intellectuelle de Michel Corbin architecte DPLG – 2008.

Ce n’est malheureusement qu’un énième édifice/monument remarquable de la ville sur la longue liste des démolitions du patrimoine de notre ville pourtant labélisée « Ville et Pays d’Art et d’Histoire » (VPAH)…
Ainsi, comme annoncée de façon officielle le 17-12-2021, l’ancienne clinique Saint-Nicolas et la Maison de Marie-Galante feraient l’objet de démolitions prochaines…quid de l’ancienne administration Darboussier, monument historique inscrit et seul vestige de l’usine du même nom.

A ce propos : « Le ministère de Culture assure depuis 1985 la conduite d’une politique de valorisation du patrimoine et de sensibilisation à l’architecture, en partenariat avec les collectivités territoriales. Le réseau complet comprend 184 villes et pays : 116 villes et 68 pays.« 

Quid de la […politique de valorisation du patrimoine et de sensibilisation à l’architecture, en partenariat avec les collectivités territoriales…]

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Coup de cœur

La Souvenance Maison Schwarz-Bart

Lecture : < 1 min.

L’association Patrimoine Pointois tient à féliciter chaleureusement Simone Schwarz-Bart et l’association La Souvenance Maison Schwarz-Bart (facebook / instagram) ainsi que la commune de Goyave pour le travail effectué en collaboration depuis des années afin de réhabiliter ce lieu culturel mythique de la Basse-Terre et plus largement de la Guadeloupe.
Ainsi, c’est la maison de deux écrivains Simone et André Schwarz-Bart, lieu de vie chargé d’histoires, qui va pouvoir bénéficier de travaux conséquents grâce à la Fondation du Patrimoine tels que :

  • Gros œuvre ;
  • Charpente et couverture ;
  • Menuiserie ;
  • Revêtements des sols et des murs ;
  • Peinture.

Une fois les travaux réalisés, courant 2023 d’après le site de la Fondation du Patrimoine, le lieu devrait accueillir à nouveau des artistes, des expositions, des concerts et des conférences.

Le patrimoine matériel et immatériel sont l’âme d’un lieu, d’une ville, d’un pays, de l’humanité…