Une pionnière du droit, du féminisme et de l’engagement politique aux Antilles
Le 26 avril marque la naissance de Gerty Archimède, née en 1909 à Morne-à-l’Eau et décédée le 15 août 1980 à Basse-Terre, appartient à la promotion 1931-1932 de la classe de philosophie du lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, aux côtés notamment de Rosan Girard et d’autres figures guadeloupéennes en devenir.
Elle a également résidé un temps dans une maison située à l’angle nord-est des rues de Nozières et Barbès à Pointe-à-Pitre. Cette bâtisse a été remplacée par un immeuble en béton dans les années 1960.
Gerty Archimède est une figure majeure de l’histoire des Antilles françaises. Avocate, femme politique et militante, elle s’impose comme une pionnière à la fois dans le domaine judiciaire et dans les luttes sociales, féministes et anticolonialistes.
Une ascension exceptionnelle dans le monde du droit
Aînée d’une famille de cinq filles, elle est la fille de Justin Archimède, maire de Morne-à-l’Eau de 1912 à 1947, et de Marie-Adélaïde Tamarin. Issue d’un milieu modeste, elle effectue ses études à Morne-à-l’Eau puis à Pointe-à-Pitre, au cours Michelet et au lycée Carnot.
Après son baccalauréat, elle travaille à la Banque de la Guadeloupe avant de poursuivre des études de droit, d’abord en Martinique, puis à Paris à la Sorbonne, qu’elle finance en travaillant.
En 1939, elle devient la première femme inscrite au barreau de la Guadeloupe et, plus largement, la première femme avocate des Antilles françaises. Elle est également considérée comme la première avocate noire de France à cette période.
Engagement politique et rôle dans la départementalisation
Son engagement s’intensifie dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Elle rejoint le Parti communiste français et s’investit activement dans la vie politique locale.
En 1945, elle est élue conseillère générale sur une liste d’entente prolétarienne sociale-communiste. Jusqu’en 1965, elle représente successivement les cantons de Pointe-à-Pitre, Basse-Terre et Morne-à-l’Eau.
La même année, elle devient l’une des premières femmes députées de la Guadeloupe, après Eugénie Éboué-Tell, qui l’avait devancée lors des élections à la deuxième Assemblée constituante. En 1946, elle est élue députée sous la IVe République, peu après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité des femmes (ordonnance du 21 avril 1944).
Son mandat parlementaire (1946-1951) s’inscrit dans un moment clé : la loi du 19 mars 1946 transforme les anciennes colonies (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion) en départements français. Elle œuvre alors pour que cette évolution améliore concrètement les conditions de vie des populations locales.
À l’Assemblée nationale, elle siège notamment à la Commission de la justice et de la législation, où elle est rapporteure en 1947 d’un projet de loi visant à ouvrir aux femmes certaines professions judiciaires.
Une présence active dans la vie municipale
Après sa défaite aux élections législatives de 1951, elle reprend son activité d’avocate. Elle réintègre le barreau en 1952, puis est élue en 1953 adjointe au maire de Basse-Terre, Élie Chaufrein (1953-1959, PCF), professeur de métier.
En 1956, elle assure les fonctions de maire, lorsque celui-ci est muté d’office comme proviseur du lycée d’Alençon, tout en poursuivant ses activités professionnelles.
Militante féministe et sociale
Gerty Archimède joue un rôle central dans l’organisation des femmes en Guadeloupe. Elle fonde une section locale de l’Union des femmes françaises, qui deviendra l’Union des femmes guadeloupéennes.
À travers cette structure, elle défend :
- l’accès des femmes à la sécurité sociale ;
- le droit à la retraite ;
- l’amélioration des conditions de vie.
Son action s’inscrit dans une perspective à la fois féministe, sociale et anticolonialiste.
Une avocate engagée dans les luttes majeures
Figure majeure du barreau guadeloupéen, elle en devient bâtonnière de 1967 à 1970.
Elle participe notamment à la défense des accusés de l’affaire des « 16 de Basse-Pointe » en 1951, procès emblématique des tensions sociales et coloniales aux Antilles. Les accusés seront finalement acquittés.
En 1967, lors des élections législatives, elle est initialement proclamée gagnante sous l’étiquette du Parti communiste guadeloupéen, avant que son adversaire gaulliste ne soit déclaré vainqueur dès le lendemain, dans un contexte de fortes tensions politiques.
Elle intervient également dans des causes internationales, comme en 1969 lorsqu’elle vient en aide à la militante américaine Angela Davis. De retour d’une conférence à Cuba, cette dernière et ses compagnons font escale en Guadeloupe, où leurs documents et des ouvrages sont saisis par les autorités françaises. Gerty Archimède intervient alors pour défendre leurs droits auprès des autorités locales.
Dans son autobiographie, Angela Davis rend hommage à son engagement :
« Maître Archimède était une grande femme à la peau sombre, aux yeux vifs et au courage indomptable. Je n’oublierai jamais notre première rencontre. J’ai senti que j’étais en présence d’une très grande dame. […] »
Une figure durable de l’histoire antillaise
Jusqu’à sa mort en 1980, Gerty Archimède reste une personnalité engagée dans la vie politique et sociale de la Guadeloupe, participant à de nombreuses luttes et conférences internationales.
Son héritage est aujourd’hui largement reconnu :
- sa maison à Basse-Terre est devenue un musée labellisé « Maison des Illustres » ;
- deux rues, à Morne-à-l’Eau et à Paris (12e), portent son nom, ainsi qu’une avenue à Pointe-à-Pitre ;
- une statue en bronze est installée près du kiosque à musique de Basse-Terre ainsi qu’un buste à Morne-à-l’Eau


Elle est célébrée comme une figure majeure du féminisme et de l’histoire politique antillaise.
Gerty Archimède incarne une génération de femmes qui ont transformé en profondeur la société française et antillaise au XXe siècle. À la croisée du droit, de la politique et du militantisme, elle a ouvert la voie à l’émancipation des femmes et à la reconnaissance des droits sociaux dans les territoires d’outre-mer.
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Sources :
« Du Centre-ville aux Faubourgs » , Maryse RINALDO et David GREGOIRE;
FME

