Accueil / Histoire / LA VOITURE PUBLIQUE

LA VOITURE PUBLIQUE

Dans la première moitié du 19ᵉ siècle est instaurée l’idée de structurer les transports en communs en Guadeloupe. En effet, le service postal nécessite, jusque là, près de 4 jours pour l’aller et le retour avec une diligence entre Basse-Terre et Pointe-à-Pitre.
Le nouveau système de voitures publiques en projet repose sur l’attribution d’un monopole temporaire, accompagné de normes techniques précises et d’un encadrement strict de la sécurité ainsi que des tarifs. Il illustre ainsi une volonté coloniale d’organiser les transports terrestres et de sécuriser les déplacements entre les principaux bourgs de la Guadeloupe au 19ᵉ siècle, notamment en Grand-Terre.

La décision administrative qui pose le cadre :  

→ L’arrêté du 6 novembre 1835

1. Objet de l’arrêté

Le gouverneur de la Guadeloupe accorde à Martin Bordier un privilège exclusif de 5 ans pour exploiter une voiture publique (transport collectif) reliant Pointe-à-Pitre au Moule, via deux itinéraires :

  • Bordeaux-Bourg (Morne-à-l’Eau);
  • Sainte-Anne et Saint-François

2. Organisation du service

Caractéristiques de la voiture

  • Véhicule à 4 roues avec suspension
  • 10 places réparties :
    • 2 à l’avant (coupé);
    • 6 à l’intérieur (berline);
    • 2 à l’arrière (galerie);
  • Attelage de 4 chevaux avec cocher

Obligations administratives

  • Affichage :
    • Nom de l’entrepreneur;
    • Nombre de places;
    • Prix et destinations;
  • Tenue obligatoire de registres :
    • Noms des voyageurs;
    • Bagages transportés;
  • Remise de justificatifs aux voyageurs;
  • Interdiction de dépasser le nombre de passagers autorisé

3. Règles de sécurité et de construction

Normes techniques strictes

  • Dimensions réglementées (essieux, largeur, hauteur max : 3 m);
  • Poids total limité à 2 600 kg (+ tolérance de 100 kg);
  • Roues et matériaux encadrés (essieux en fer, clous plats, etc.);
  • Équipement obligatoire :
    • Sabot pour descentes;
    • Portières avec marchepieds;
    • Système de bâche ou couverture réglementé

Responsabilité

  • L’entrepreneur est responsable des accidents liés à négligence;
  • Contrôles techniques obligatoires par l’administration

4. Conditions d’exploitation

Conduite et personnel

  • Conducteurs :
    • Minimum 18 ans;
    • Certificat de moralité et compétence
  • Interdictions :
    • Galop sur route;
    • Vitesse réduite en ville et rues étroites;
  • Vérification de sobriété du cocher avant départ

Contrôle des abus

  • Registres de plaintes des voyageurs;
  • Sanctions en cas d’infraction

5. Itinéraires, horaires et tarifs

Route via Bordeaux-Bourg (Morne-à-l’Eau)

  • Départ : 6h (Pointe-à-Pitre);
  • Arrivée : 10h (Moule);
  • Retour : départ 14h → arrivée 18h

Tarifs :

  • Pointe-à-Pitre ↔ Moule : 20 francs;
  • Trajets intermédiaires : 10 francs

Route via Sainte-Anne et Saint-François

  • Départ : 6h;
  • Arrivée : 11h;
  • Retour : 13h → 18h

Tarifs :

  • Pointe-à-Pitre ↔ Moule : 20 francs;
  • Vers Saint-François : 15 francs;
  • Vers Sainte-Anne : 10 francs;
  • Trajets courts : 5 francs

6. Transport de bagages et marchandises

  • Bagage gratuit : -12,5 kg;
  • Supplément : 10 centimes/kg;
  • Transport de fonds :
    • Taxe de 0,5 %;
    • Responsabilité de l’entrepreneur;
  • Possibilité pour l’administration de transporter des fonds gratuitement

7. Mise en œuvre

  • Délai de 6 mois pour conformité technique;
  • Inspection obligatoire avant mise en service;
  • Exploitation conditionnée à l’état des routes

8. Dispositions générales

  • Priorité de passage sur la route;
  • Sanctions pénales en cas d’infractions;
  • Interdiction de modifier le service sans autorisation;
  • Affichage obligatoire de l’arrêté;
  • Exécution confiée aux autorités administratives et judiciaires

Le 26 mars 1841, un arrêté autorise un certain monsieur E. Boissard à établir une voiture publique de la Pointe-à-Pitre au Moule, par Bordeaux-Bourg (Morne-à-l’Eau).

Avec ce nouveau mode de transport, ce sont des métiers tel que maréchal-ferrant, charron, pareur, sellier harnacheur qui voient le jour en Guadeloupe.
Les forges et les scieries de Pointe-à-Pitre sont mises à contribution, de même que les nombreuses écuries que compte la ville mais aussi tout le long des différents parcours.
Trois de ces écuries pointoises se situent :
-sur la Place de La Victoire (écuries Rennard, emplacement du cinéma La Renaissance);
-rue Achille René Boisneuf, après l’ancienne mairie (écuries Schmitt);
-rue Bébian, écuries Bourgeois (emplacement de l’immeuble Deher).

ILLUSTRATIONS SCAN NOUVELLISTE Nov 1909

Il est arrivé que des automobiles publiques assurant le service en Guadeloupe partent pour la France afin de participer au concours “Paris-Rouen” qui eut lieu en France en 1894, une compétition mise en place par le journaliste Pierre Giffard du journal “Le Petit Journal”.

Au fil du temps, les moyens de transports évoluent, les hypomobiles (diligences) laissent place aux voitures à vapeur (modèle Serpollet) puis au pétrole (modèle Renault). Deux premières automobiles sont débarquées en Guadeloupe dans des caisses de bois sur les quais de la Compagnie Générale Transatlantique (quai Lefèvre) en 1900.

Dans les années 1920, le garage Hiphigénie, situé à la rue Nozières, est le premier garage de véhicules à proposer des liaisons routières vers la Grande-Terre. Il sera ravagé par le cyclone de 1928, tout comme le garage automobile situé sur le quai de l’Hôpital (garage appartenant à Monsieur Langlois) recevant des véhicules Renault tout juste débarqués des quais de la Compagnie Générale Transatlantique toute proche.

En 1931, la Guadeloupe comporte un réseau routier de 369 km avec 190 km de chemins de “grande communication” et 405 km de chemins vicinaux. L’ensemble du réseau est prévu, à la base, pour des véhicules légers et tractés par des animaux (chevaux, boeufs, mulets).
Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, distantes de 65 kilomètres par la route coloniale n°1, sont reliées par de nombreux services automobiles :

La compagnie A. et J. Charneau, située à la rue Sadi Carnot, assure un trajet quotidien aller-retour le matin à 5 h 30.

M. Jules Charneau propose un service postal tous les jours à 14 heures, avec aller-retour.

M. Ledoux effectue des liaisons les lundi, mercredi et vendredi, aller-retour.

M. Henry Joséphine circule les mardi, jeudi et samedi, aller-retour.

M. Lubin assure des trajets quotidiens sauf le vendredi et le dimanche, aller-retour.

M. O. Michaux propose un service tous les jours, aller-retour.

Pointe-à-Pitre relie ainsi Saint-François, Le Moule et Anse-Bertrand ainsi que les bourgs se trouvant sur la route avec deux aller-retours par jour avec Le Moule.
Un service depuis Pointe-à-Pitre vers Deshaies s’effectue via Le Lamentin et Sainte-Rose.

ILLUSTRATIONS SCAN Annuaire de la Guadeloupe 1931

À cela s’ajoutent de nombreuses voitures de location qui assurent également le trajet.

Par ailleurs, toutes les autres communes de la colonie sont desservies par des liaisons automobiles.

On compte, toujours en 1931, en Guadeloupe plus de 1 800 véhicules automobiles, dont 1 200 appartiennent à des notables.

En 1966, Basse-Terre compte 15.000 habitants tandis que Pointe-à-Pitre et Abymes, respectivement 28.000 et 31.000 habitants.

Les transports en commun, notamment avec des bus en bois, prennent le relais.
Dans les années 1970, les cars font leur apparition, de la marque Mercedes pour la plupart.

Les gares routières sont créées à Pointe-à-Pitre, près des immeubles Chanzy, devant le magasin Haïkel puis La Darse, mais aussi derrière la résidence Mortenol Sud face aux terrains de Sonis. Sans oublier les bus de Jarry et les bus verts et jaunes de Pointe-à-Pitre.

Vers 2015, une régie de transport en commun est créée sur l’agglomération centre de l’archipel.

D’ici quelques années, le projet Kéti pourrait bien voir le jour et modifier la façon de se déplacer sur le centre de l’archipel Guadeloupéen.
https://keti.karulis.com/

Auteur/autrice

Étiquetté :