Catégories
Ti kamo Lapwent

Encore une démolition en vue ?

Lecture : 4 min.
2 rue Jean Jaurès – crédit : Patrimoine Pointois

Si vous aimez le patrimoine, c’est peut-être le moment de prendre en photo cette belle villa de ville pointoise, en effet sa silhouette élégante ne sera bientôt plus qu’un souvenir à en croire les documents du conseil municipal.
Géolocalisation

Pour rappel, le 9 août 2022 le conseil municipal a voté à l’unanimité des membres présents le portage foncier de la parcelle (source : PV du Conseil Municipal). Il a été présenté les plans d’un immeuble tout en béton de trois étages plus galetas (R+4 ?) et prenant emprise sur toute la parcelle, sa façade donnant directement sur le trottoir.
->Au revoir la belle cour aérée, place à la chaleur !
Pourtant cette villa et sa parcelle ne manquent pas d’atouts. Ainsi, ce qui la caractérise en villa de ville pointoise est dû au fait qu’elle se situe au milieu du terrain et qu’elle soit de construction typiquement pointoise avec ses façades au bardage de bois à larges planches, ses marquises décorant les pants de toit, ses auvents aux dimensions permettant tant l’abri de la pluie que du soleil ou encore son bassin situé sur sa droite dans la grande cour et la large galerie ouverte sur trois côtés pour une fraîcheur assurée.

L’histoire de ce lieu est atypique; il s’agit de l’une des plus anciennes agences de transit de Guadeloupe fondée en 1896 et reconstruite après le cyclone de 1928. Ce lieu rappelle l’histoire maritime pointoise avec ses transitaires en douanes, ses quais ou encore ses entrepôts.
Beaucoup de pointois se souviennent de la célèbre agence de voyage (située sur la droite depuis la rue) qui jadis leur avait permis de séjourner dans de multiples destinations à travers le monde.
Côté loi, la bâtisse se situe dans le périmètre de protection des 500 mètres de plusieurs monuments historiques (cf. Code du Patrimoine) dont l’ancienne mairie (40 m), le Musarth (70 m), ou encore le Musée Saint John Perse (195 m) pour ne citer qu’eux !

A l’heure où le conseil municipal nous parle de son désir de « rafraîchir la ville » et de « lutter contre les îlots de chaleur » notamment lors du conseil municipal du 26 mai 2023 :

« 13. Recyclage des Friches urbaines (Tranche 1) – Centre ancien de la ville de Pointe-à-Pitre –
Végétalisation et renaturation des espaces publics en centre-bourg pour limiter le ruissellement des eaux pluviales et lutter contre les ilots de chaleur – Demande de subvention DETR 2023
« 

Source : Convocation Conseil Municipal du 26 mai 2023.


Selon le point 2 de l’ordre du jour du conseil municipal du 9 août 2022 :

« 2- PORTAGE FONCIER DE LA PARCELLE A1 5 ACQUISE PAR l'[…] POUR LE COMPTE DE LA VILLE DE
POINTE-A-PITRE
Monsieur M[…] présente ce point en indiquant que l'[…] a donné son accord pour procéder à l’acquisition de la parcelle AI 5 d’une superficie de 410 m² sise 2, rue Jean Jaurès, pour le compte de la Ville de Pointe-à-Pitre. Ce bien étant destiné à la construction de logements.
Il explique les contours d’une convention opérationnelle de ce portage foncier.

Monsieur le Maire apporte des précisions sur ce projet. Il indique que cette convention prévoit un certain nombre d’options que l'[…] peut prendre en charge pour la collectivité.
Il explique les modalités d’intervention et les différents avantages que peut bénéficier la ville, notamment dans le cadre de l’optimisation des actifs et l’accompagnement de l'[…]…
« 

Extrait du PV du Conseil Municipal du 9 août 2022


Des questions se posent alors :
-Pourquoi avoir voté la démolition de fait de ce magnifique pan du patrimoine pointois en le remplaçant par un bloc de béton de 3 étages avec combles ?
-Quel est le coût écologique de toutes ces démolitions ?
-Quel est l’impact environnemental et calorique de ces « blockhaus » et de leur construction et dans le temps ?
-N’y a-t-il pas là l’opportunité de réaliser un chantier école afin de préserver et réhabiliter le patrimoine tout en formant des artisans qui demain seront les garants de savoir-faire de cette richesse au travers de la Guadeloupe toute entière ?

La villa étant encore debout, espérons que la municipalité et le porteur foncier la réhabilitent et l’ouvrent au public afin d’en faire par exemple un tiers-lieu…en souhaitant que cette idée fasse partie du fameux « …certain nombre d’options… » du porteur foncier.

Il ne reste que trois villas de ville à Pointe-à-Pitre dont celle-ci, une à la rue Nassau et une autre sur la Place de La Victoire : La Maison de Marie-Galante, elle aussi menacée de démolition (source : conférence de presse décembre 2021, Place de La Victoire)…

Au moment où des propriétaires d’immeubles pointois montrent la voie à la restauration et à la mise en valeur du patrimoine de Pointe-à-Pitre, il serait dommage, si tel n’était pas le cas, que la puissance publique ne s’empare pas de cet élan qui pourrait, à terme, devenir une source de retombées économiques variées non négligeables autour du Patrimoine, de la Culture et des loisirs.

Texte : Patrimoine Pointois

Catégories
Coup de cœur

Maison Victoire

Lecture : 6 min.

A l’occasion de l’inauguration le 18 mars 2023 du boutique-hôtel Maison Victoire situé au 24 rue Barbès, après 2 ans de travaux, nous avons rencontré la propriétaire de ce bel immeuble des années 1930 que nous tenons vivement à féliciter pour le travail de préservation et de réhabilitation du patrimoine de notre ville.

Façade de la Maison Victoire au 24 rue Barbès.
Crédit : David Grégoire.

PP : Bonjour Pauline Montauban, tout d’abord, qu’est-ce qui vous a motivé à choisir Pointe-à-Pitre, à venir investir à Pointe-à-Pitre ?

PM : « Je dirais l’amour du Patrimoine, de l’architecture mais aussi la déception de voir ce qui est fait du Patrimoine à Pointe-à-Pitre et plus largement en Guadeloupe. Plusieurs villes de la Caraïbe ou d’Europe ont réussi à mettre en lumière leur patrimoine riche et en faire quelque chose avec une valeur ajoutée, comme San Juan (Porto Rico) par exemple. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire en Guadeloupe et qu’il fallait que l’on essaie nous aussi de mettre à l’honneur notre patrimoine architectural qui est riche et magnifique mais laissé à l’abandon. »

Le salon d’accueil et son bar.
Crédit : David Grégoire.

PP : Comment avez-vous procédé au départ ?

PM : « La volonté première a été d’acquérir un bien à Pointe-à-Pitre, dans l’ancien avec une architecture traditionnelle. Au départ, je n’avais pas forcément flashé sur la façade de l’immeuble qui abrite aujourd’hui la Maison Victoire. Le projet initial se situait sur la Place de La Victoire mais, pour diverses raisons, nous n’avons pas pu faire l’acquisition de ce premier immeuble. Je me suis alors mise en quête de trouver un autre immeuble assez grand et adapté au projet. »

PP : Quelle était la nature de ce projet ?

PM : « Avec l’envie de mettre en valeur notre patrimoine, l’idée d’un hôtel me paraissait avoir du sens. C’est un projet qui permet d’allier la mise en avant de l’architecture, la mise en valeur du patrimoine gastronomique, à travers la création d’une partie restauration, mais aussi plus globalement la mise en valeur l’art de vivre Créole par la façon d’accueillir notamment avec la notion d’hospitalité guadeloupéenne.
L’hôtellerie combine tous ces éléments afin de mettre en lumière le patrimoine matériel et immatériel guadeloupéen et pointois. »

Coursive menant au 1er étage.
Crédit : David Grégoire.
Une chambre située au 2eme étage.
Crédit : David Grégoire.
Une chambre située au 1er étage.
Crédit : David Grégoire.
Crédit : David Grégoire.

PP : Quelles ont été les démarches administratives nécessaires ?

PM : « J’ai d’abord tenté de comprendre les objectifs et ambitions de la ville de Pointe à Pitre à travers les projets retenus par le programme “Action Cœur de Ville”, et j’ai compris que le montage de projet avec la structure qui aurait pu porter le projet ne m’aurait pas permis d’en bénéficier, étant déjà une structure commerciale. J’ai donc contacté le cabinet d’urbanisme C2R, mandaté par la ville dans le cadre de l’OPAH RU. On a pu définir ensemble les dispositifs, les soutiens et les aides disponibles pour notre projet dans le périmètre géographique dans lequel se situe l’immeuble. Nous avons également été mis en contact avec la DAC notamment concernant les subventions inhérentes à la préservation de la façade mais aussi certains éléments architecturaux remarquables comme notre escalier en bois et sa marqueterie et autres mobiliers. Nous avons bénéficié d’avis consultatifs de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF).

Marqueterie sur un poteau d’arrivée de l’escalier.
Crédit : David Grégoire.

Question urbanisme, une demande de permis de construire a été déposée au service urbanisme de la ville. Nous avons dû constituer un dossier incluant une demande de dérogations; En effet, certaines normes comme celle de l’accessibilité aux PMR ne peuvent pas forcément être appliquées et des demandes de dérogations au titre du Patrimoine peuvent être faites. »

PP : Avez-vous trouvé en Guadeloupe des artisans et corps de métiers spécifiques à ce type de chantier ?

PM : « Oui, notamment la reprise des garde-corps d’origine en ferronnerie datant des années 1930 mais aussi la remise en état des menuiseries d’origine.
Les garde-corps ont été déposés puis sablés*. Une peinture antirouille a ensuite été appliquée.

Ce qui peut être vu comme une difficulté c’est, de prime abord, le manque de compréhension de la part de certains artisans de garder l’ancien sur un chantier. Très souvent la réflexion est faite de faire du neuf, de ne pas se “prendre la tête” à rénover de l’ancien…et finalement, quand tout s’assemble, ceux sont les premiers à être fiers du travail fini, notamment sur les robinets anciens, ou encore de garder des imperfections afin de conserver le caractère patrimonial, le vécu de la bâtisse.
Le but est de moderniser le lieu tout en préservant notre patrimoine. »

*Sablage : Le procédé du sablage consiste à projeter un abrasif à grande vitesse, par jet d’air comprimé afin de le décaper.

Ferronnerie d’un garde-corps.
Crédit : David Grégoire.

PP : Qu’est-ce qui est le plus marquant sur la façade ?

PM : « Certains éléments en métal comme les volets en accordéons qui, pour certains, ont dû être fabriqués à l’identique car les anciens, abîmés, étaient tombés. A noter que les volets ont été ajoutés postérieurement à la construction de l’immeuble.
Par ailleurs, les volets en accordéons étaient en meilleur état que les garde-corps. Concernant ces derniers, nous avons dû les rehausser afin de répondre aux normes actuelles de sécurité. »

Des volets côté façade rue Barbès.
Crédit : David Grégoire.

PP : Concernant la destination commerciale du lieu, quelles sont les contraintes ?

PM : « Dans la partie restaurant, nous avons dû nous soumettre à la remise aux normes actuelles. Nous avons choisi l’induction pour minimiser les risques d’incendie. »

PP : Pourquoi “Maison Victoire” ?

PM : « Étant fan de Maryse Condé, j’ai souhaité rendre hommage à sa grand-mère, Élodie Victoire Quidal, dont elle parle dans son roman autobiographique “Victoire, les Saveurs et les Mots”, dédiée à cette grand-mère qu’elle n’a pas connue. Victoire était une cuisinière pointoise. Ce nom, pour moi, avait du sens pour le premier établissement du groupe.

Crédit : David Grégoire.
Le toit-terrasse et son bar.
Crédit : David Grégoire.

Pour finir, un tel projet représente un certain coût et parfois, pour certains cela pourrait être décourageant, mais il faut tenir. Pointe-à-Pitre a besoin de projets, d’initiatives et d’investissements.
Ensemble nous pourrons faire revivre cette belle ville. »

Crédit : David Grégoire.

Propos recueillis par Patrimoine Pointois.

Retrouvez l’actualité de Maison Victoire sur Instagram.
Sur internet : Maison Victoire
Localisation : rue Barbès, Pointe-à-Pitre